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Respirer, parler, grandir : quand orthophonie et intégration des réflexes archaïques se rencontrent

  • 13 juil.
  • 4 min de lecture

En orthophonie, la respiration est souvent le grand oublié des bilans de langage ou de logique. L’attention se porte volontiers sur la parole qui tarde à émerger, la lecture qui résiste à la volonté de l’enfant ou encore la déglutition qui se bloque. Pourtant, en interrogeant finement, un constat revient fréquemment : cet enfant respire par la bouche depuis toujours, ou sa langue ne trouve pas sa place au palais, ou encore son système nerveux semble ne pas avoir totalement intégré certains automatismes du tout début de la vie.

Sur ce terrain, deux approches peuvent se croiser et se rejoindre: l’orthophonie et l’accompagnement en intégration des réflexes archaïques. Loin de s’opposer, elles proposent des lectures complémentaires d’une même fonction : la respiration.


La respiration, une fonction pivot du développement

Avant d’être un acte volontaire, la respiration est une fonction vitale automatique, présente dès la naissance : le premier cri du bébé enclenche la respiration aérobie qui l’accompagnera ensuite jusqu’à son dernier souffle. Elle constitue un socle sur lequel vont se construire la succion, la déglutition, la mastication, la régulation des émotions, des cris, des pleurs puis l’articulation de la parole.

Ces fonctions partagent une même sphère anatomique et musculaire. Ainsi, lorsqu’un déséquilibre apparaît — notamment une respiration buccale ou mixte au lieu d’une respiration nasale — c’est l’ensemble de cet équilibre oro-facial qui peut être impacté. Les répercussions sont multiples : croissance cranio-faciale, qualité du sommeil, attention, alimentation et langage.


Le regard de l’orthophoniste : la fonction en action

L’orthophoniste est le professionnel de référence pour l’évaluation et la prise en soin des fonctions oro-myo-faciales, dont la respiration fait pleinement partie. L’analyse porte sur plusieurs éléments : la posture linguale au repos, la tonicité labiale et jugale, la coordination respiration–parole ou encore les liens avec la déglutition et l’alimentation.

La rééducation oro-myo-fonctionnelle vise à restaurer une dynamique fonctionnelle efficace avec une fermeture labiale stable, une position linguale haute au palais et un retour à une respiration nasale. Elle s’appuie sur des exercices ciblés de tonification et de coordination, avec des effets documentés sur la qualité de la respiration, du sommeil et la stabilité des résultats orthodontiques. Elle peut également accompagner le port de dispositif intra-buccaux (gouttières, éducateurs finctionnels) qui aident à l’automatisation des acquis.

En résumé, l’orthophoniste agit sur les muscles, leur mobilité, leur coordination dans la recherche d’une expression de la fonction la meilleure possible.


Le regard des réflexes archaïques : les fondations neurodéveloppementales

Les réflexes archaïques sont des mouvements automatiques présents dès la vie fœtale. Ils assurent les fonctions de survie du nourrisson — respiration, alimentation, protection — avant de s’intégrer progressivement au cours du développement. Lorsque cette intégration est absente ou incomplète, certains réflexes peuvent rester actifs en arrière-plan. Ils continuent alors d’influencer la posture, la motricité, la régulation émotionnelle, cognitive ou encore la respiration.

Le travail en intégration des réflexes tel que je l’ai appris auprès de Bénédicte Cazal repose sur un bilan des réflexes encore actifs, sur des réintégrations sensorielle, sensori-motrices et motrices spécifiques ou encore des mouvements rythmiques visant à permettre la réintégration des réflexes (qui sera entretenue ensuite par des exercices spécifiques effectués en famille)

L’hypothèse sous-jacente est qu’un système nerveux dont les bases réflexes sont instables peut rencontrer des difficultés à automatiser durablement les apprentissages moteurs et cognitifs y compris ceux proposés en rééducation.


Une lecture neuro-fonctionnelle de la respiration

Dans cette approche, la respiration est envisagée comme un acte en grande partie réflexe, influencé par différents schémas archaïques. Les réflexes posturaux (Moro, tonique labyrinthique, réflexes toniques du cou, Galant…) influencent la mécanique thoracique et diaphragmatique. Les réflexes oraux (succion, fouissement…) impactent la coordination respiration–succion-déglutition. Un réflexe non intégré pourrait maintenir certaines tensions ou schémas d’activation chronique, influençant indirectement la qualité respiratoire.

Ces hypothèses s’appuient sur des bases neuro-anatomiques connues, mais les liens de causalité globaux restent aujourd’hui encore en cours d’exploration scientifique.


Complémentarité des approches : fonction et fondations

La complémentarité entre orthophonie et intégration des réflexes archaïques devient particulièrement pertinente dans certaines situations cliniques :

  • un enfant respirateur buccal qui peine à automatiser les acquis malgré un suivi régulier

  • des troubles de l’oralité ou de la déglutition précoces

  • des profils associant respiration atypique, instabilité posturale et difficultés attentionnelles

Dans ces cas, deux niveaux d’intervention se dessinent :

  • l’orthophonie travaille la fonction observable et modifiable ici et maintenant

  • le suivi par un praticien en réflexes archaïques (et de vie) explore les bases neurodéveloppementales susceptibles de freiner cette évolution

On pourrait résumer cette articulation ainsi : l’une construit la compétence, l’autre facilite (et parfois permet) son ancrage.


Vers une prise en soin coordonnée

Ce que ces deux approches partagent, c’est une vision systémique de la respiration. Celle-ci ne peut être réduite à un simple geste : elle s’inscrit dans un ensemble moteur, sensoriel et émotionnel. La collaboration entre professionnels permet ainsi d’agir à la fois sur la fonction et sur ses conditions d’intégration, d’ajuster les interventions en fonction de l’évolution et d’offrir un accompagnement cohérent et global

Pour les patients comme pour les familles, cette coordination se traduit par une prise en soin plus lisible et plus efficace : chacun intervient dans un soucis de complémentarité, au service d’un objectif commun — une respiration fonctionnelle, stable et durablement intégrée et plus largement au service de la santé et des patients.


Orthopratiques — Tous droits réservés. Cet article peut être cité avec mention de la source. Pour toute utilisation pédagogique ou professionnelle, contactez-nous via le site.

 
 
 

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