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Comment la méditation vient à l'enfant?

  • 29 mars
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 mai


La méditation laïque est actuellement particulièrement en vogue dans nos sociétés occidentales où le temps file plus vite que le sable ne s’écoule d’un sablier. Cette vague de popularité en viendrait presque à nuire à l’essence de la méditation comme à celle du yoga puisqu’elles sont bien souvent sorties des contextes sociaux, culturels et historiques. Portée à tort, tout à la fois, au rang de panacée universelle ou de secte, ou encore instrumentalisée pour rendre petits et grands plus productifs ou plus tranquilles, la méditation, comme le yoga n’en reste pas moins intéressante à mettre en place dans la vie de nos enfants, au même titre que le sport, pour une bonne hygiène de vie. Le Dalaï Lama a, qui plus est, affirmé :

" Si la méditation était enseignée à tous les enfants âgés de 8 ans sur la Terre, nous ferions disparaître la violence du monde, en une génération. "

Oui, mais alors me direz-vous, « A partir de quel âge l’enfant peut-il méditer ? », «Combien de temps ? » et « Comment ? », « Pourquoi ? », « A quoi ça sert ? » ou encore «C’est quoi exactement ? » … Voilà bien les principales questions que les parents me posent souvent lorsque j’aborde ce thème avec eux ; questions auxquelles je vous propose de réfléchir ensemble.


LA MEDITATION, C’EST QUOI EXACTEMENT ?


Il existe depuis la nuit des temps une grande variété de courants méditatifs, en Orient comme en Occident : courant contemplatif, taoïste ou bouddhiste par exemple. J’ai fait le choix ici de parler de la méditation de pleine conscience ou plutôt pleine présence. Elle a été rendue populaire par Jon Kabat-Zinn en premier lieu aux Etats-Unis ; elle est laïque, a été étudiée par des protocoles scientifiques et a aussi été préalablement développée par les Maîtres bouddhistes, dont Tich Nhat Hanh  qui enseignait il y a encore quelques années au Village des Pruniers, en France. Alors, lorsque le pont est fait entre tradition et modernité, science et spiritualité, je suis toujours touchée et curieuse de ce qui peut faire lien. Cette méditation c’est « très simplement » être attentif à l’instant présent… pleinement ; c’est se relier de façon bienveillante au corps et aux émotions. Cela signifie observer ce qui se passe en soi, plutôt que l’interpréter, l’analyser ou l’évaluer. C’est créer un espace entre les évènements et les pensées puis profiter de cet "espace mental" pour ne plus être dans la réaction, mais dans l’action choisie, consciente. La Pleine Attention c’est, par ailleurs, revenir calmement au corps, au souffle, véritables points d'ancrage dans le présent, autant de fois que l’esprit se perd dans les pensées. 

            Ce n’est donc en aucun cas « Arrêter de penser ou de bouger » mais bien tourner notre attention vers notre intériorité pour observer avec bienveillance ce qui s’y passe, aussi bien que de s’absorber totalement dans le Présent vécu instant après instant. Imaginez un peu comme l’enfant peut y trouver matière à grandir chaque jour un peu plus libre.


A PARTIR DE QUEL AGE L’ENFANT PEUT-IL MEDITER ?


D’une part, le petit enfant grandit en imitant son environnement ; c’est donc en l’exposant à des situations familiales de pratiques formelles (méditations assises ou allongées) ou informelles (marches en conscience, goûters en conscience, arts et sports…) que l’enfant découvrira petit à petit les espaces de méditation en y prenant plaisir. Néanmoins, chaque enfant étant unique, il n’y aura jamais une seule approche fonctionnant pour tous les petits êtres humains de cette planète ! C’est cette singularité qui nous place d’emblée au cœur d’une merveilleuse aventure : celle de l’accompagnement, avec patience et empathie, au fil de l’enfance puis de l’adolescence, de nos enfants.

            D’autre part, mon expérience clinique me fait rejoindre totalement le Dr François Bourgognon, psychiatre et directeur l’Institut de Formation aux Thérapies Basées sur la Mindfulness, qui dit, qu’avant toute chose et même de penser à faire méditer les tout-petits, il est impératif d’éteindre les écrans. Nous ne le répéterons pas assez, il faut prohiber la télévision avant 3 ans même en fond sonore dans une pièce, et interdire formellement les jeux vidéo avant 6 ans car cette période est une période-clé pour le développement de l’enfant dans son rapport à la famille et au monde qui l’entoure.



           


           Avant 5 ans, les enfants sont naturellement portés vers des activités au sein desquelles toute leur attention, tous leurs sens sont embarqués. Les bouddhistes disent que ce sont des petits bouddhas ! Lorsqu’ils rient, pleurent ou sont en colère, les enfants le font totalement : le rire est à gorge déployée, la colère est bruyante et démonstrative, tout autant que le chagrin. De même, leur attention est magnifiquement soutenue par l’envie de découvrir le monde. Souvenez-vous des premières purées des bébés : le tout-petit patouille, renifle, observe et ouvre la bouche en imitation à notre propre mouvement d’ouverture et ce n’est qu’ensuite que l’aliment est goûté puis avalé. Nous sommes tout à fait en présence d’un repas en conscience… quand, évidemment tout se passe bien.

            Les petits grandissent et découvrent les objets et les actions qu’eux-mêmes vont avoir sur le monde qui les entoure. Ce sera, là encore, avec une attention totale si nous leur permettons… en leur laissant le temps de faire et d’être. A nous de nous mettre au diapason, à nous de ralentir jusqu’à nous arrêter finalement, et leur accorder toute notre bienveillante attention. A nous de servir de modèle en accompagnant leurs découvertes dans une continuité chaleureuse en nous opposant fermement à la discontinuité souvent imposée par l’écran et le téléphone : sonneries, notifications, publicités, rapidité de succession d’images, bruits subits sont autant de briseurs de scénarii enfantins et qui finissent, à force de répétitions, par inscrire l’enfant dans une discontinuité de vie. Voilà à mon sens le travail fondamental et préparatoire des parents qui souhaitent apporter la pleine présence dans le quotidien de leurs enfants.

           

            Entre 5 et 8 ans, les enfants recherchent encore, pour la grande majorité, à construire leur raisonnement à partir du concret, à partir du réel qui les entoure pour progressivement gagner en abstraction. J’aime donc privilégier à cet âge les activités autour des 5 sens, comme l’ont par ailleurs proposé Randye J. Semple  et Jennifer Lee dans leur adaptation du M.B.C.T. (Thérapie Cognitive basée sur la pleine conscience) à destination des enfants. A cet âge, les enfants ont encore des difficultés à se relier à leurs émotions et ce n’est que vers 7 ans qu’ils pourraient, selon le psychologue David Fontana, relier des manifestations physiques à un état d'anxiété par exemple, ou de toute autre émotion (Teaching Meditation To Children: The Practical guide to the Use and Benefits of Meditation Techniques). Ainsi est-il possible d’aider les enfant à grandir en verbalisant pour eux, en mettant nos mots sur les sensations qu’ils éprouvent. Il existe actuellement un ouvrage très utilisé par les enseignants sur ce sujet, intitulé « la couleur des émotions » dont un jeu dérivé a également vu le jour et qui peuvent tout à fait servir de support à cet accompagnement.


A partir de 8 ans et jusqu’aux environs de 12 ans, les méditations de groupes sont très porteuses car les enfants interagissent beaucoup et même parfois bruyamment ! La principale différence entre un groupe de méditants enfants et celui de méditants adultes doit être la manière d’utiliser les coussins de méditation : les enfants sont en effet les seuls à les transformer en château à conquérir ou a en faire des projectiles dans les batailles rangées ! A cet âge, les méditations corporelles (body scan, attention aux parties du corps en contact avec le siège etc…), les méditations en mouvement (marche en conscience, création de mandalas en conscience, yoga) sont particulièrement appréciées. Parallèlement, les retours d’expériences et les échanges de point de vue amènent progressivement les enfants à se décentrer, à gagner en flexibilité mentale et à pouvoir mettre en balance leur propre jugement et le point de vue d’autrui, sans pour autant que l’entant ne se sente menacé dans son identité puisque la bienveillance est au cœur des échanges. Les pratiques formelles d’attention au souffle peuvent aussi être proposées en ouverture ou clôture de séances, de journée ou en préambule à toute activité nécessitant un centrage (comme les devoirs, les compétitions sportives ou toute pratique artistique).


 

À partir de treize ans, les enfants sont le plus souvent capables d’accéder à l’abstraction. Ils peuvent se relier à leurs émotions plus facilement si toutefois nous les guidons, et si leur histoire leur a permis de rester en contact avec toute leur sphère affective. Parallèlement à cela, le Dr Daniel Siegel explique, dans un ouvrage intitulé « Le cerveau de votre ado », comment l’adolescence est le siège de modifications cérébrales qui ouvrent sur quatre dimensions caractéristiques : le recherche de la nouveauté, l’engagement social, l’intensification des émotions et l’exploration créative. La méditation revêt dans ce contexte de vie une dimension plus vaste et devient un véritable outil qui se développe sur 3 aptitudes, qui sont, ô combien nécessaires tout au long de la vie, à savoir : l’introspection, l’empathie et l’intégration. La méditation favorise ainsi la bonne santé du corps, des relations aux autres et de l’esprit. Imogen Marsh, Stella Chan et Angus Macbeth de l'Université d'Édimbourg ont publié une méta-analyse de la recherche sur "l'auto compassion" chez les jeunes dans la revue Mindfulness. C’est une synthèse d’études portant sur plus de 7 000 adolescents de six pays, âgés de 10 à 19 ans. Leur principale observation fut que les adolescents présentant des niveaux élevés d'auto-compassion étaient plus à même d’avoir de plus faibles niveaux de détresse liée à l’anxiété et à la dépression - surtout lorsque ces jeunes étaient confrontés à un stress scolaire chronique. Cette étude fait bien écho aux affirmations du Dr Siegel à propos du bénéfice évident de la méditation sur la santé des adolescents


COMMENT MEDITER AVEC SON ENFANT ?

Ce seul paragraphe mériterait tout un article tant les façons de faire sont multiples et variées ; alors, ayant déjà semé quelques graines, je vous propose d’approfondir cette question une prochaine fois.

Retenons donc pour aujourd’hui notre rôle de modèle, tout en restant bienveillant avec nous-mêmes, car nous faisons tous ce que nous pouvons, là où nous sommes et avec qui nous sommes, du mieux que nous le pouvons… chaque jour.

Retenons aussi l’importance de notre accompagnement dans la découverte du monde réel qui entoure l’enfant jusqu’à 8 ans, même s’il y aura toujours des maturités plus précoces que d’autres.

Retenons enfin que la pleine présence passe par un retour aux sensations corporelles et que les enfants pourront trouver des activités de méditation au travers des 5 sens. Nous pourrons alors relier progressivement les sensations corporelles aux émotions et (pro)poser nos mots aux situations vécues.

C’est à ce moment de l’enfance que les pratiques formelles pourront alors commencer à être expérimentées sur de courtes périodes : attention au souffle, attention à l’environnement sonore etc.

C’est aussi à ce moment que j’aime introduire les méditations de compassion, même si certains auteurs préfèrent attendre l’adolescence qui est une période où les jeunes embrassent avec passion de hauts idéaux. Par expérience, je sais à quel point les enfants sensibles voire hypersensibles aiment ces méditations du cœur.

Bien entendu, tous ces repères restent très grossiers car, répétons-le, chaque enfant se construit dans sa singularité. Il faudra parfois reprendre des activités toutes simples avec nos grands enfants : patouiller, regarder les nuages passer, marcher pieds nus dehors, malaxer la pâte à modeler (ou à sucre), colorier ou empiler ensemble des morceaux de bois… qu’importe, si ce n’est la pleine présence portée à l’activité conjointe.


MEDITONS POUR CONCLURE AVEC J. KABAT-ZINN

 

J’aimerai vous laisser avec ces paroles de Jon Kabat-Zinn, souhaitant qu’elles vous inspirent autant qu’elles m’ont inspirées. Puissent-elles vous permettre de vous reconnecter à votre Sagesse Innée de parents et à cette force que confère l’amour et qui nous permet de soulever des montagnes… car avouons-le, nous en avons tous bien besoin !

Prenons, vous et moi, le temps de méditer sur ces mots si précieux :


Essayez de voir des maîtres dans vos enfants. Observez-les en silence. Ecoutez-les plus attentivement. Déchiffrez leur langage du corps. Estimez leur degré d’estime en regardant leur comportement. Quels sont leurs besoins en ce moment? A cette période de leur vie? Demandez vous “Comment puis-je les aider maintenant?” et suivez ce que vous dira votre coeur. Souvenez-vous que dans la plupart des situations, les conseils sont la dernière chose qu’ils veulent entendre- à moins que vous les donniez au bon moment et avec beaucoup de délicatesse.Le fait d’être vous-même centré, ouvert, disponible et présent, sera pour eux un don précieux.
Jon Kabat-Zinn dans "Où tu vas, tu es".

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